vendredi 2 septembre 2011

Confiance

[...] je vois la vie comme une grande course de relais où chacun de nous, avant de tomber, doit porter plus loin le défi d'être un homme; je ne reconnais aucun caractère final à nos limitations biologiques, intellectuelles, physiques; mon espoir est à peu près illimité; je suis à ce point confiant dans l'issue de la lutte que le sang de l'espèce se met parfois à chanter en moi et que le grondement de mon frère l'Océan me semble venir de mes veines; je ressens alors une gaieté, une ivresse d'espoir et une certitude de victoire telles, que sur une terre couverte pourtant de boucliers et d'épées fracassés, je me sens encore à l'aube du premier combat. Cela vient sans doute d'une sorte de bêtise ou de naïveté, élémentaire, primaire, mais irrésistible, que je dois tenir de ma mère, dont j'ai pleinement conscience, qui me met hors de moi, mais contre laquelle je ne puis rien, et qui me rend la tâche bien difficile lorsqu'il s'agit de désespérer. Je n'y arrive pour ainsi dire jamais et je suis obligé de faire semblant.

La promesse de l'aube, Romain Gary
( p.227-228, Folio, 1973 )